Avec Gaspard Proust, le spectacle commence dès l’interview. Ce qui montre davantage une façon d’être, la provoc’ érigée en art de vivre, qu’une approche professionnelle de la discipline. Il ne vend pas son humour, lors d’un échange qui devient informel au gré de quelques changements de timing (“je suis dans mon bain”, “je dois me laver les cheveux”, “j’envoie juste un texto”, “c’est l’heure de faire cuire mes tortellinis“…), mais l’incarne pleinement. Gaspard Proust, jeune homme au regard un rien arrogant, n’est pas dans la séduction.
S’il garde ses distances comme rarement le font les humoristes, c’est sans doute pour conserver cette froideur de jugement qui lui permet de s’offrir le luxe de n’épargner personne (jusqu’à Pagnol ou Brassens, icônes réputées intouchables).
S’il se définit comme un “cartésien désabusé”, il a du mal à comprendre pourquoi il est si souvent comparé à Pierre Desproges. Ou peut-être estime-t-il seulement que ce parallèle est particulièrement difficile à assumer. “Surtout que je n’ai rien demandé à personne, souffle-t-il. Je ne suis pas monté sur scène en disant ‘Je prends la relève de’…”
On l’a vu récemment au cinéma dans L’amour dure trois ans. Frédéric Beigbeder a choisi “cet énergumène” selon sa propre expression pour jouer le héros de l’adaptation de son roman ou plutôt, il l’a laissé s’imposer à lui grâce à une ressemblance physique évidente. Jusque-là, Gaspard Proust entendait plus souvent qu’il avait un petit quelque chose de Daniel Auteuil jeune.
Son spectacle précédent, Enfin sur scène !, avait déjà fait un crochet par Marseille. Avec le nouveau, Gaspard Proust tapine… à (titre pratique car géo-localisable à l’infini), il s’installe au Théâtre du Gymnase à partir de ce soir et jusqu’à samedi. Là ou ailleurs, est-ce que cela fait une différence ? Se documente-t-il sur la ville dans laquelle il joue ? “Non. Je me contente des préjugés. Avec eux, on peut entrer en relation avec le public, même s’il siffle un peu au début. Il y a deux moyens d’entrer en contact avec les gens : l’insulte ou le compliment”. Sans qu’il ait besoin de le confirmer, on devine où va sa préférence. Lui qui a vécu six mois à Aix-en-Provence analyse : “Aix, c’est le XVIe arrondissement de Paris délocalisé dans le sud. Marseille, c’est tout le reste”.
Gaspard Proust assume tous ses excès et revendique sa lâcheté : “Je suis un lâche absolu. J’assume la passivité, la lâcheté la plus totale. C’est aussi un moyen d’être tranquille : je veux que les filles se disent ‘Je ne veux pas être avec un mec aussi peu fiable’…” Normal pour qui tient le “prince charmant” en si peu d’estime : “Un prince, c’est un chômeur avec des rentes, non ? Et avec un brushing…”
Si Gaspard Proust boucle ses chroniques dans l’urgence (il est le samedi sur Canal Plus dans Salut les terriens animé par Thierry Ardisson), il prétend ne suivre aucune méthode pour aborder l’écriture de ses solos : “J’attends que des journalistes m’appellent et je note des trucs… Non ! J’écris les chroniques au pied du mur, au dernier moment. Je m’y mets le mercredi pour le jeudi. Je triture les phrases. C’est un moment de torture. Le spectacle, je ne le retouche pas tellement”.
On pourra vérifier dès ce soir si cet humour, noir et piquant, est véritablement efficace. Et s’il mérite sa réputation de champion actuel du politiquement incorrect.